TRIBUNE « Honneur à tous les travailleurs ! »

En ce premier mai, fête du Travail et des travailleurs, que nous célébrons dans des circonstances si particulières, je souhaite d’abord rendre un vibrant hommage à l’héroïsme des humbles, à tous ces hommes et toutes ces femmes du quotidien qui tiennent la France debout quand le monde vacille, qui sauvent des vies quand nous pleurons nos morts.

Aujourd’hui, la France se souvient que sa prospérité n’a jamais été faite que du labeur de ses travailleurs ; elle met enfin à l’honneur les « premiers de corvée et milieux de cordée », les ouvriers, employés, agriculteurs, entrepreneurs, artisans, commerçants, fonctionnaires …  Tous ceux qui se lèvent tôt, font des efforts, ne comptent pas leurs heures, ou prennent des risques. 

Je suis fier d’appartenir à une famille politique qui a depuis toujours fait du travail sa valeur cardinale : de la « troisième voie » du général de Gaulle à la France industrielle de Georges Pompidou, du « travaillisme à la française » de Jacques Chirac au fameux « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy … 

Aujourd’hui, la France se souvient que sa prospérité n’a jamais été faite que du labeur de ses travailleurs ; elle met enfin à l’honneur les « premiers de corvée et milieux de cordée »

De ce dernier, je n’oublie pas non plus l’un de ses plus beaux discours, prononcé à Agen en juin 2006 : « sans travail, il n’y a pas de richesse. Sans l’amour du travail bien fait, sans la fierté de l’œuvre accomplie il n’y a pas de civilisation. Les paysans qui ont façonné le visage de la France, les bâtisseurs de cathédrales qui cherchaient le salut dans la perfection de leur œuvre, les artisans qui n’ont d’autre fierté que celle qu’ils mettent dans la maîtrise de leur art, les ingénieurs qui ont conçu le viaduc de Millau, les savants dans leurs laboratoires, les ouvriers dans leurs ateliers, les employés dans leurs bureaux, les médecins au chevet de leurs malades ne nous lèguent pas qu’un immense héritage de savoir-faire, de technique et de culture. Ils nous enseignent depuis des millénaires une immense leçon de savoir-vivre ensemble à travers une division du travail social où chacun travaillant pour les autres reçoit de tous davantage qu’il ne donne. Ils trouvent dans leur talent et dans son expression une part de leur raison d’être et d’intenses satisfactions. C’est ce réapprentissage de la valeur du travail qu’il va nous falloir opposer à la désintégration sociale ».

Et pourtant, le travail n’a jamais été autant dévalorisé qu’aujourd’hui : délocalisations des usines et des services, fragilisation de l’agriculture, mépris des travaux manuels, déconsidération de certains métiers, privilèges d’en haut et assistanat d’en bas, poids écrasant des charges sociales, des impôts et de la bureaucratie. Désormais, la paupérisation n’épargne plus les travailleurs, qui sont de plus en plus nombreux à craindre les fins de mois et à redouter le déclassement social. Le déferlement récent de la vague des « gilets jaunes » ne doit rien au hasard.

Si cette crise que nous vivons avait un sens, ce serait celui de redécouvrir « l’immense utilité de métiers invisibles », si déconsidérés, si mal payés, et pourtant indispensables à nos vies.

Si cette crise que nous vivons avait un sens, ce serait celui de redécouvrir « l’immense utilité de métiers invisibles », si déconsidérés, si mal payés, et pourtant indispensables à nos vies.

Les travailleurs n’ont jamais autant mérités d’être mieux rémunérés, comme une reconnaissance de la nation dans l’épreuve que nous vivons. La France du travail doit désormais être remerciée et récompensée. Les élites n’ont plus le droit de détourner le regard.

Vous connaissez mon inlassable cheval de bataille pour une augmentation générale des salaires. Dans mon livre « Milieu des cordée », paru chez Plon, j’ai exposé l’une de mes idées, en lien avec des économistes : supprimer les cotisations sociales et patronales, et les remplacer par micro-prélèvement à 2% sur tous les mouvements d’argent, électroniques comme scripturaux. Un gain de pouvoir d’achat de près de 450 euros mensuel pour un salaire médian à 1.700 euros net ! Nous ne devons plus taxer le travail car ce dernier s’est raréfié : nous devons changer de philosophie politique et économique.

Ces dernières semaines, j’ai également déposé plusieurs propositions de loi à l’Assemblée nationale, destinées à soulager les souffrances des travailleurs et des entrepreneurs dans la crise : l’une visant à créer une « prime de récompense du travail » défiscalisée pour les salariés, d’un montant maximal de 5.000 euros annuel ; l’autre visant à supprimer les charges sociales pour les TPE et les indépendants aux mois de mars, avril et mai ; ou encore, à mettre en place un état de catastrophe sanitaire pour en indemniser les victimes. 

C’est par le travail que nous traverserons la crise et que nos enfants vivront mieux que nous demain ; c’est encore par le travail que nous retrouverons un jour le chemin d’une société épanouie et fraternelle ; c’est toujours par le travail que nous rebâtirons la France que nous aimons, et qu’elle reprendra le cours de l’Histoire ! 

Oui, je dédie ce 1er mai aux travailleurs, aux salariés, aux entrepreneurs, à tous ceux qui travaillent, veulent travailler, ont travaillé.

Oui, je dédie ce 1er mai aux travailleurs, aux salariés, aux entrepreneurs, à tous ceux qui travaillent, veulent travailler, ont travaillé. Comme je l’explique dans mon livre, la valeur travail, que je défends, prend corps et racine dans mon histoire personnelle, certes, mais surtout dans l’admiration que suscitent chez moi ces hommes et ces femmes qui entreprennent, qui prennent des risques, qui font des efforts, qui affrontent des obstacles, qui se lèvent tôt, qui forgent leur vie dans le labeur quotidien, qui font face aux vents et marées contraires d’un pays qui ne respecte plus ses entrepreneurs et ses travailleurs, héros anonymes du quotidien. 

Je suis fier d’être de droite. Mais je plaide pour une droite nouvelle : forte, beaucoup plus forte sur les questions régaliennes ; juste, beaucoup plus juste sur les questions économiques et sociales. La droite de demain devra être celle du travail et du pouvoir d’achat. Dans la lignée du général de Gaulle, qui créa l’intéressement et la participation pour les salariés ; de Jacques Chirac, qui fonda sa campagne sur la fracture sociale ; et de Nicolas Sarkozy, qui inventa les heures supplémentaires défiscalisées. 

Il y a plus de quarante ans, l’époque était encore aux «Yalta». La droite et la gauche se partagèrent les rôles : la droite, plus à l’aise avec les chiffres, imposa de conduire elle-même les négociations. La gauche, préférant les lettres, fit mine de se laisser faire et d’ignorer les calculs. Puis le verdict tomba : à la droite, le pouvoir politique et l’économie. À la gauche, la droite crut ne laisser que les miettes : la culture, les médias, l’école et les idées. Autant de considérations, se disait-elle, qui ne passionnent que les intellectuels incapables de présider un seul jour aux grandes affaires de la France et du monde ! On se quitta sur ce contrat, la droite savourant sa victoire, la gauche la sienne. Depuis, la droite a souvent eu du mal à se remettre de cette défaite de la pensée. 

J’appelle donc la droite française à ne pas s’enfermer dans sa seule logique comptable et à renouer avec le rêve français d’ascension sociale et du progrès populaire. L’urgence absolue, c’est une meilleure récompense du travail. N’est-ce pas Georges Pompidou qui décida d’augmenter tous les salaires de 10 % et le smig de 35 % lors des accords de Grenelle de mai 1968 ? La récompense du travail est un marqueur de rassemblement de la droite française et de la société tout entière. 

De la même manière que Nicolas Sarkozy avait, en 2007, brisé le tabou de l’identité nationale, j’appelle la droite à briser le tabou du travail et de sa juste récompense. Je veux que la droite propose un «New Deal» sur le plan économique, fondé sur un triptyque : la saine maîtrise des dépenses publiques, la baisse des charges pour les entreprises et la hausse des salaires pour les travailleurs. Je ne suis l’esclave d’aucune école de pensée, n’étant ni capitaliste ni socialiste. Je suis juste pragmatique et me définis même comme travailliste. Car le travaillisme, c’est être de droite, c’est défendre la France du travail et remettre la France au travail.

Face aux dangers du capitalisme financier et du socialisme, nous devrons certes rémunérer justement les actionnaires, mais désormais aussi, mieux et décemment, récompenser les travailleurs. En un mot, le capital d’accord, mais le travail d’abord

Face aux dangers du capitalisme financier et du socialisme, nous devrons certes rémunérer justement les actionnaires, mais désormais aussi, mieux et décemment, récompenser les travailleurs. En un mot, le capital d’accord, mais le travail d’abord. 

Il nous faut placer le travail et sa récompense au centre de la société. En France, le salaire n’est pas trop haut. Il est trop bas. Baisser les dépenses publiques sans augmenter les salaires est injuste. Augmenter les salaires sans baisser les charges est irresponsable. À nous d’éviter ces deux écueils. Il nous faut bâtir un monde meilleur, celui de l’ordre juste, qui aura pour valeur cardinale le travail à l’aune du mérite. Qu’importe son lieu de naissance ou son origine sociale : ce qui vaut, c’est la volonté d’accomplir sa vocation en fonction de son talent. Une nouvelle société dans laquelle la loi de l’effort l’emportera sur la loi du plus fort. 

Le 1er mai 1950, à Bagatelle, le général de Gaulle lançait dans une formule devenue célèbre, trop longtemps oubliée par la droite et abandonnée à la gauche : 

Travailleurs ! C’est avec vous, d’abord, que je veux bâtir la France nouvelle. Quand, encore une fois ensemble, nous aurons gagné la partie, en dépit des excitations des destructeurs et des intrigues des diviseurs, on apercevra tout à coup une nation joyeuse et rassemblée où, je vous en réponds, vous aurez votre digne place. Alors, on verra sortir, des voiles qui le cachent encore, le visage radieux de la France. 

Renouons avec cette vision. Il est aussi une fable de Jean de La Fontaine, devenue règle de vie, oubliée par nos gouvernants, celle du travail: « Le laboureur et ses enfants ». 

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
« Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage Que nous ont laissé nos parents : 

Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage vous le fera trouver :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse. »
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout : si bien qu’au bout de l’an, il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché.
Mais le père fut sage de leur montrer, avant sa mort, que le travail est un trésor. 

Oui, comme le disait Nicolas Sarkozy, je crois au travail, qui n’est pas seulement une denrée rare dont il faudrait répartir les miettes, mais une condition majeure de l’épanouissement de l’homme. Je veux tourner le dos à l’aberration qui fait que, trop souvent, celui qui ne fait aucun effort est davantage aidé que celui qui veut s’en sortir ou qui travaille. Je crois en la méritocratie, qui n’est pas l’égalitarisme, qui n’est pas le nivellement par le bas, mais le droit pour chacun de progresser, grâce à son talent, à son implication, à ses études, le droit de vivre mieux que ses propres parents, vivre mieux pour offrir mieux à ses propres enfants. 

Le travail, la valeur travail, la récompense du travail dans une société de l’ordre juste. C’est aujourd’hui l’inverse qui se produit. Les Français sont victimes d’une double injustice : le poids, très socialiste, des réglementations, des normes, des charges, des transferts sociaux, des taxes et des impôts ; le piège, très mondialiste, du libre-échange absolu, d’un capitalisme fou qui dérégule, ouvre les frontières à tous vents sans aucune contrepartie, qui laisse la part trop grande à la finance et à la spéculation, à la course effrénée à la seule logique du profit et de la rentabilité. 

Dans la France des provinces, la légitime colère des vrais « gilets jaunes », ceux du 17 novembre 2018, naquit d’abord de ces injustices : pourquoi travailler quand d’autres, l’État en tête, ne s’appliquent pas d’abord à eux-mêmes les efforts sollicités ? Pourquoi tant de taxes et d’impôts quand, dans le même temps, les déficits et la dette s’envolent ? Pourquoi le règne de l’argent et des privilèges a-t-il remplacé celui du mérite ? 

Entre le poids socialiste et le piège mondialiste, nous devons imaginer une voie nouvelle et singulière, inspirée du gaullisme qui a uni l’initiative privée et l’État stratège, la liberté d’entreprendre et la régulation contre les injustices. Contre la folle lutte des classes, espérée par quelques-uns, et la loi de la jungle, promise par quelques autres, notre politique doit viser à réconcilier l’entrepreneur et le travailleur, à augmenter les salaires pour mieux récompenser le travail, à établir un ordre juste. 

En ce 1er mai 2020, plus que jamais, vive le travail !

Guillaume Peltier

Député de Loir-et-Cher

Vice-président délégué des Républicains

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